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Zoran Popovic : « Les jeux scientifiques vont révolutionner les apprentissages »

Michel Lavacry | 3 novembre 2011 | 10:25

Apprendre en jouant. Un bon moyen d’en finir avec le décrochage scolaire ? Zoran Popovic, le directeur du Center for game Science de l’université de Washington, y croit. Ce professeur d’informatique est même le leader mondial du sujet. Invité de WISE, il vient y raconter comment l’homme et l’ordinateur sont complémentaires. L’un est plus créatif que l’autre et l’addition de ces compétences fait avancer la science et l’éducation.
popovic_zoran_photo_final1En sciences, on lui doit en partie Foldit un jeu qui a permis en faisant plier une molécule sur un site internet à des gens comme vous et moi, et de découvrir en septembre dernier la structure moléculaire d’une enzyme liée au développement d’un rétrovirus proche du virus du SIDA. En éducation il se bat pour que le jeu trouve place dans les classes et dans les têtes.

Pourquoi avoir fondé ce Centre des jeux vidéo à l’université de Washington?
Zoran Popovic: J’ai développé des applications graphiques et des animations dont les licences ont été rachetées par des entreprises de jeux vidéos, comme Electronic Arts ou Sony. En 1995, j’ai inventé une technologie installée aujourd’hui sur quasiment tous les jeux vidéo. J’ai donc mesuré que mon travail pouvait avoir un impact bien plus important sur les sciences et sur la société si je travaillais désormais à introduire des jeux en sciences et non plus de la science dans les jeux.

Quel est le but du Centre pour les jeux scientifiques ?
Le but essentiel de ce centre est de tenter de résoudre les problèmes majeurs auxquels notre humanité est confrontée. Ces problèmes qu’un chercheur seul dans son coin face à son ordinateur ne peut pas résoudre. Pour y parvenir il faut une vraie collaboration entre l’ homme et l’ ordinateur. J’entends par là qu’il nous faut absolument transformer des novices en experts, et faire de nos machines des outils d’assistance pour ce type de travail collaboratif. J’estime que le jeu est le seul cadre dans lequel les gens sont de s’engager sur le long terme. Au point qu’ils se muent en vrais spécialistes d’un sujet. C’est la raison majeure pour laquelle je m’y intéresse.

Vous pensez que le jeu peut raccrocher les jeunes de nos pays développés à l’école ?
Transformer des novices en experts, c’est bien le sens même de l’éducation. Ce que nous faisons avec Foldit, notre jeu scientifique collaboratif, démontre clairement qu’on peut non seulement transformer des jeunes et des moins jeunes en véritables experts, mais qu’en plus, cette nouvelle forme de collaboration entre le grand public et les scientifiques peut permettre de résoudre de vrais énigmes. Des questions que les scientifiques seuls dans leurs labos face à leurs ordinateurs ne parviennent pas à démêler. Les étudiants ont cette culture des jeux. En jouant ils franchissent des étapes importantes. Quand ils jouent leurs erreurs ne les arrêtent pas. Ils en tirent les leçons et vont de l’avant. Parce qu’ils sont en phase avec ce système de gratification qui structure l’avancée dans un jeu. C’est pour cela que c’est une parfaite plateforme d’apprentissage.

Pourquoi y-a-t-il aussi peu de Français inscrits à un jeu collaboratif comme Foldit ?
On vient de développer une traduction en français et j’espère que ça incitera les francophones à s’y inscrire. Mais parmi nos joueurs les plus assidus, nous avons des Français. Et en ce moment on a aussi un groupe de joueurs français qui travaillent ensemble.

Vous pensez que le jeu va remodeler le visage de l’école, contribuer à l’invention d’une école plus en phase avec la société ?
Bien sûr que j’y crois. Je crois sincèrement que des connaissances passent par le jeu. Mais je suis aussi fermement convaincu qu’on arrive à une compréhension plus fine des concepts en résolvant des problèmes mathématiques ou scientifiques qu’en en restant à la théorie. Et puis je crois aussi que le développement des jeux scientifiques peut changer l’image des sciences. Ils donnent aux sciences une image « cool ». Et cela peut inciter à s’y lancer vraiment.

Alors c’est une nouvelle façon plus efficace d’apprendre ?
Rien que le fait de se plonger dans un jeu scientifique et donc de consacrer du temps aux sciences, est un fait positif. Et puis le jeu décale un peu la science. Il lui enlève son image de série de lois et de théorèmes pour montrer qu’elles sert à résoudre de vrais problèmes et permet de comprendre notre monde en profondeur. Cette compréhension presque conceptuelle permet ensuite aux étudiants d’appliquer leurs connaissances à d’autres problèmes. Et c’est là le sens même des apprentissages. Finalement, le côté abrupt des sciences est un peu effacé par cette approche.

Vous imaginez un monde où les gens apprendraient à travers des jeux ? Que l’école traditionnelle laisserait place au jeu ?
Oui. C’est une évolution possible. Dans mon laboratoire, nous sommes en train de transformer entièrement les programmes de mathématiques de la première année d’enseignement à la 12ème. L’enfant apprendra et progressera en jouant. Et le jeu, sait exactement où vous en êtes dans vos apprentissages. Si bien qu’il n’y a même pas besoin de faire de tests, de contrôles. On travaille aussi à aider les enseignants à évaluer les compétences de leurs étudiants en les familiarisant avec une grille d’analyse des résultats obtenus dans les jeux. Mais je ne vois pas pour autant le jeu remplacer totalement l’école. L’intérêt de la formule c’est qu’elle peut très bien compléter un enseignement traditionnel. Et puis vous pouvez apprendre n’importe où n’importe quand, quelle avancée.

Est-ce que le jeu scientifique se répand vite de par le monde ?
Depuis deux 500 000 personnes jouent à Foldit. Quand la presse a fait une série d’article, nous avons eu une vague d’arrivée de 50 000 nouveaux joueurs. Notre jeu sur les fractions a lui près de 500 000 joueurs alors qu’il a été lancé il y a un an. Et ces flux vont croître dans les temps à venir.

Vous évalueriez à combien les enseignants qui aux Etats-Unis se servent des jeux en classe ?
Foldit a été utilisé dans beaucoup de premiers cycles universitaires américains. En fait, à la demande des enseignants, on a même créé une option spéciale qui permet de mettre des classes en compétition. Foldit est maintenant répertorié comme une bonne ressource pédagogique pour la biochimie. Maintenant on travaille à repenser l’approche des programmes de lycées avec des scientifiques pour proposer une connaissance des protéines à partir de Foldit.
Propos recueillis et traduis par Maryline Baumard (lemonde.fr)

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Compte-rendu de la conférence KTM Advance du 23 juin 2010 : Innovations et Perspectives Internationales du Serious Game

Michel Lavacry | 1 juillet 2010 | 13:00

Nous sommes heureux de vous présenter en avant-première le compte-rendu de la conférence organisée par KTM Advance, qui s’est tenue le mercredi 23 juin 2010 à la Cité des Sciences et de l’Industrie de Paris, avec le soutien amical d’Universcience et de Cap Digital. Pour en voir la version pdf, cliquez ici

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Quand Crawford rencontre Rohrer

Damien Djaouti | 4 juillet 2009 | 17:33

Une fois n’est pas coutume, nous allons parler télévision !

Arte à diffusé le 02/07/09 un excellent documentaire d’une heure qui filme la rencontre de deux des créateurs et penseurs les plus géniaux à jamais avoir touché au jeu vidéo.

chriscrawford   rohrer

A gauche, nous avons Chris Crawford, vétéran du game design, qui a commencé chez Atari, fondé la Game Developer Conference, et s’est finalement écarté de l’industrie du jeu vidéo pour se consacrer à la narration interactive.

A droite, nous avons Jason Rohrer, jeune prodige du game design, qui est devenu une figure de proue du mouvement des “Art Games”, notamment grâce au génialissime Passage.

Alors, au final, que peuvent bien avoir en commun ces deux game designers ? Et surtout, quel rapport avec les Serious Games ?

C’est tout simple : ce qui rassemble ces deux génies est leur volonté de pousser les jeux vidéo au délà du “simple divertissement” !

 

Chacun à leur manière, et avec leur propre vision, il cherchent à déveloper des nouvelles choses, quitte à s’écarter de l’industrie du jeu vidéo pour qui l’innovation est une prise de risque inutile. Mais au delà de leur idées, ce sont aussi deux hommes à la personnalité charismatique.

Là où Crawford n’hésite pas à attaquer de front l’industrie pour la pousser à innover (ce qui lui a valu de se faire “écarter” de la GDC), Rohrer est un adepte de la décroissance, un mode de vie simple qui lui permet de limiter ses besoins et de bénéficier d’une liberté artistique totale.

Bref, on ne peut que remercier Arte de nous offrir une heure de pur bonheur à travers leur rencontre filmée. Très intimiste, le documentaire vous donne l’impression d’être avec eux quand ils échangent sur l’industrie en général, leur vision du game design, se montrent leur création mutuelles, et surtout nous donnent à nous, spectateurs, de quoi réflechir !

Grâce à Arte-plus7, il vous reste encore 5 jours pour regarder ce document unique par le biais du net, ce que je vous recommande vivement.

Et pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin, je ne peut que vous conseiller d’essayer les créations de Rohrer (particulièrement Passage et Cultivation), ainsi que de lire les ouvrages de Crawford (particulièrement On Game Design et On Interactive Storytelling)

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