Et si les premiers jeux vidéo étaient sérieux ?
Damien Djaouti | 21 mars 2010 | 17:41Une fois n’est pas coutume, nous allons parler un peu d’histoire du jeu vidéo. A votre avis, quel est le premier jeu vidéo de l’histoire ?
Si vous avez pensé Pong (1972), vous avez tout faux, c’est juste le premier jeu à avoir rencontré un succès commercial de masse (ce qui est certes déjà bien).
Si vous avez pensé Spacewar! (1962), on sent que vous vous êtes renseigné sur le sujet, mais aujourd’hui nous connaissons plusieurs autres titres qui le précédent d’au moins dix ans.
Parmi ces ancêtres, nous recensons tout d’abord le célèbre Tennis for Two (1958). Ce jeu de tennis pour deux joueurs a été conçu par William Higginbotham, un chercheur en physique nucléaire américain. Ce jeu était destiné à être exposé dans un stand lors des “journées portes ouvertes” de son laboratoire, qui avaient du succès car le public des années 60 s’interrogeait pas mal sur le nucléaire. A travers son jeu, il voulait sensibiliser le public aux applications positives que peut avoir la recherche pour la société civile.
En remontant encore plus loin, nous pouvons trouver des travaux menés par d’autres laboratoires de recherche américains, cette fois-ci dans le domaine de la simulation et du jeu comme outil de formation. Les plus intéressantes sont les productions du Research Analysis Corporation. Etant financé par l’armée, la plupart de ses jeux avaient pour but de former de futurs généraux, à l’image de HUTSPIEL (1955), qui simulait un conflit fictif (mais malheureusement “envisageable” à l’époque) opposant les forces de l’OTAN et de l’URSS le long du Rhin. Ce jeu de stratégie complexe se joue au tour par tour sur un ordinateur digital, et donne un retour aux joueurs par le biais de son imprimante. Ces jeux destinés à l’entrainement ne se cantonnaient pour autant pas au seul domaine de la défense, à l’image de la série des American Management Association Games (1956) qui étaient utilisés par une association pour la formation en gestion commerciale. Un de ces titres propose à cinq joueurs de s’affronter sur des marchés virtuels. Chacun se voit confier les rênes d’une entreprise qui commercialise une gamme des produits, et peut jouer sur de nombreux paramètres (fabrication, placement, etc…) afin d’essayer d’être l’entreprise la plus bénéficiaire au bout de 40 tours de jeu.
Mais avant les jeux destinés à la communication ou à l’entraînement, les premiers jeux vidéo que l’on peut recenser était tout simplement destinés à illustrer des travaux de recherche scientifique. On pensera notamment aux versions informatisés des jeux d’échecs, de dames ou de nim qui apparaissent en 1951. Mais le plus intéressant reste un jeu du nom de OXO, réalisé par un étudiant anglais, Alexander Shafto Douglas, en 1952. Il s’agit tout simplement d’un morpion, mais qui est révolutionnaire dans ses interfaces. Pour jouer, les utilisateurs doivent composer un numéro sur un cadran de téléphone rotatif. Le résultat s’affiche alors sous forme d’une grille de morpion dessinée sur un des écrans CRT de la machine. Les joueurs ont donc un mode d’interaction facile et intuitif avec la machine, là ou les expériences précédentes demandaient de saisir des mouvements sur des cartes perforées pour avoir un retour sur imprimante. Il semble donc logique que ce jeu soit en fait l’illustration d’un travail de recherche sur les interfaces “homme-machine”.

Si le débat sur l’identité du premier jeu vidéo de l’histoire est encore vif pour les historiens du domaine, force est d’admettre qu’OXO présente toutes les caractéristiques d’un jeu vidéo qui se respecte. Sauf qu’au lieu d’être destiné au simple divertissement, il vise d’abord une application utilitaire, et s’inscrit donc dans le champ du Serious Game.
Alors, et si le premiers jeux vidéo étaient des Serious Games ?
Si le sujet vous intéresse, vous trouverez un dossier présentant plus en détails les pionniers du jeu vidéo dans le numéro 11 de la revue Pix N’Love.






















